Historique du groupe

Historique du groupe

Les Premières Années


Il est assez difficile de retracer avec exactitude les premiers pas de notre groupe. Les souvenirs sont lointains (plus de cinquante ans), peu de documents subsistent et les principaux protagonistes sont, hélas, décédés. Ceci dit, en recoupant les témoignages et les documents il est possible de recréer un historique satisfaisant quoique incomplet des événements passés.

Les différents témoignages s’accordent pour dire que tout a commencé à la suite d’un rendez-vous pris par l’abbé TOTI avec le Dr CIAMIN, président du syndicat d’initiative et historien de Fréjus. Et même s’il est difficile de savoir ce qui s’est dit lors de l’entretien, notamment à qui revient la paternité de l’idée d’un groupe folklorique, voilà ce que les différentes sources admettent : l’abbé TOTI qui allait partir pour Fayence courant 1960 cherchait une alternative pour les jeunes gens de la JAC[1] dont il s’occupait. De son côté, le Dr CIAMIN ne voulait pas s’occuper d’un patronage[2] mais d’un groupe folklorique à part entière et mixte de surcroit. Un choix plutôt audacieux à une époque ou faire danser filles et garçons était jugé scandaleux.

C’est autour de ces deux hommes que le groupe des membres fondateurs de la Miougrano s’est constitué avec Pascal TOTI, frère de l’abbé, Paul ROUX, ami du Dr CIAMIN, Michel ROBERTO, membre de « Sant Sumian »[3] de Brignoles habitant à Saint-Raphaël, Claude PIAZZA, Louis SENEQUIER, premier adjoint au maire de Fréjus.

Dès ses prémisses, il y a une volonté d’inscrire symboliquement le futur groupe comme héritier du Félibrige[4] de Frédéric MISTRAL et des traditions provençales. Il y a sept membres fondateurs, comme le Félibrige. L’association est fondée en 1959, l’année du centenaire de Mireille (œuvre majeure de MISTRAL), le 21 du mois de mai, l’anniversaire de la fondation du Félibrige lors de la Sainte Estelle. Cette association est nommée « La Miougrano » en souvenir du poème de Théodore AUBANEL (« la miougrano entre duberto ») et sa devise est « Au rai que l’amadure moun cor se durbigué »[5].

Comme l’écrit MISTRAL dans sa préface au texte d’AUBANEL : « Le grenadier pour contenter l’envie des oiseaux de la garrigue entrouvre la grenade tout doucement : les mille graines mordorées luisent au soleil… et ces coquins d’oiseaux viennent par vol et se régalent à satiété des bonnes graines de corail. ». Comme la grenade qui réunit les oiseaux et les nourrit, « La Miougrano » réunit le peuple provençal et nourrit son esprit.


L’association se propose de promouvoir, de soutenir et de favoriser les œuvres de recherche et de maintenance d’histoire, de folklore et de langue de la Provence. Les moyens en sont multiples et divers : réunions d’étude, conférences, publications, séances récréatives, artistiques, musicales, chorégraphiques, cinématographiques, etc.


Pourtant, les débuts de l’association en 1959 sont timides et malgré les efforts de l’abbé TOTI qui encadre les jeunes danseurs filles et garçons qu’il a fait venir des deux JAC, une seule danse, la fricassée, est apprise. Michel ROBERTO encadre les musiciens. Finalement deux représentations sont données, la première dans le cadre intime d’un mariage la seconde aux arènes avec d’autres groupes.

C’est la tragédie du barrage de Malpasset qui viendra mettre un terme à l’activité de « La Miougrano » pour l’année 1959. C’est un mercredi lors d’une répétition de danse et de chant, que se produit le désastre. Les jeunes de « La Miougrano » sont parmi les premiers à assister à la tragédie et à donner l’alerte.

Pendant le triste interlude, l’abbé TOTI, emmène  deux ou trois fois une délégation de danseurs (que des garçons, surtout pas de filles dehors la nuit !) dans une voiture bondée aux répétitions de « Sant Sumian » à Brignoles. Gêné par la nature mixte du groupe et peut être sous la pression de la paroisse, l’abbé TOTI prend ses distances et ne reprendra pas les répétitions.

 Ce n’est qu’en mai 1960 que « La Miougrano » connait un démarrage spectaculaire. Les danseurs, grâce à Michel ROBERTO qui fait le lien avec les danseurs de « Sant Sumian » et à Pascal TOTI, apprennent la volte, le rigaudon, les cordelles et la mazurka.

Le Dr CIAMIN assumant ses responsabilités de président règle plusieurs questions administratives :

-          Négociation avec le diocèse en vue d’obtenir un local qui deviendra le « Fougau ».

-          Adhésion de « La Miougrano » au Comité national des groupes folkloriques grâce aux parrainages du « Rampeu » de Saint-Tropez et de « Sant Sumian » de Brignoles.

-          Demandes de subventions auprès de l’Assemblée Nationale, du Sénat, préfecture, etc.

Paul ROUX s’occupe des relations avec le Félibrige auquel adhère « La Miougrano ».

Les musiciens s’améliorent, Les effectifs s’étoffent, les sorties se multiplient. Ainsi, lors de l’assemblée générale d’octobre 1960, il est annoncé que douze représentations ont été données, dont une à Fayence pour l’installation de l’abbé TOTI.


Mais, comme « La Miougrano » a vocation à maintenir l’histoire et le folklore provençal, il n’y a pas que les danses, les chants et la musique. Une généalogie complète des comtes de Provence est établie par le Dr CIAMIN et l’on accumule de la documentation sur les baux ruraux sous l’ancien régime! Enfin, des recherches sont menées afin de choisir un costume pour les jeunes filles, ce sera celui de la paysanne.


Une esquisse d’un drapeau propre à « La Miougrano » est réalisée. Celui-ci comportera les écussons de la Provence anciens et nouveaux ainsi que les écussons de Fréjus et de « La Miougrano ».

A la fin de l’année 1960, différentes sections sont mises en place :

-          Une section danse animée par MM. Pascal TOTI et Michel ROBERTO

-          Une section musique et chant dirigée par MM. HERMANS et ROBERTO

-          Une section théâtre animée par Mme FIGHIERA et par le Dr CIAMIN

-          Une section langue provençale et littérature dirigée par M. ROUX

-          Une section histoire de Fréjus et de Provence animée par le Dr CIAMIN

Le but commun de toutes ces branches de « La Miougrano » est la mise sur pied d’une pastorale pour Noël 1960. Le « Mystère de Noël » est joué pour la première fois le 20 décembre 1960 au Vox à Fréjus et rencontre un vif succès. D’autres représentations suivent, au casino de Saint-Raphaël le 19 décembre, à Sanary le 8 janvier 1961 et à Nice le 15 janvier.

Lors de la première assemblée générale d’octobre 1960, les membres du bureau sont élu:

-          Dr CIAMIN, président

-          M. Pascal TOTI, secrétaire

-          M. ROBERTO, trésorier

-          MM. PIAZZA, ROUX, MARTEL, ROUVIERE, membres

De plus, comme les mineurs de moins de 21 ans ne peuvent siéger au bureau, un bureau des jeunes est créé, présidé par Michel ROBERTO. Son rôle est symbolique mais il a cependant la charge de faire le lien entre les membres actifs et le conseil d’administration. Ses représentants sont M. Marcel BOURGEAU, M. Claude SENEQUIER, M. Michel DROGUET, Mlle Joséphine CHARRIER, Mlle Monique LYAN, M. François BERMOND

L’année 1961, qui a fort bien commencé avec la pastorale, se poursuit de la même façon. Et ce ne sont pas moins de 34 représentations qui sont données hors des limites de la commune. Et l’on a vu le drapeau de « La Miougrano » flotter fièrement dans le ciel de Saint-Tropez à l’occasion des festivités organisée pour le 10ème anniversaire du « Rampeu ». Bien sûr, des événements ont également lieu à Fréjus comme lors de la réception en l’honneur des participants au VIème rallye aérien.


Lors de l’assemblée générale de 1961, MM. MARTEL et PIAZZA laissent leurs places au conseil d’administration à M. ROUVIER et à Mme Jacqueline CIAMIN.


Afin de conclure ce résumé des premiers pas de « La Miougrano », parlons de l’année 1963. C’est en décembre que le groupe prend activement part à la messe de minuit pour la première fois (offrandes et chants). Et c’est Monique LYAN qui a l’honneur d’exécuter la première danse de l’adoration devant l’autel de la cathédrale de Fréjus.


Cette célébration vient conclure une année riche durant laquelle « La Miougrano » est parti pour un périple de 4000km en Allemagne s’arrêtant d’abord à Hambourg à l’occasion du festival folklorique international « Finken-Werter [6]» du 23 au 31 août. Un second arrêt eu lieu à Pforzheim le 1 septembre avec une escale au « Lyon’s Club » de la ville organisée par le Dr CIAMIN, membre du « Lyon’s Club » de Saint-Raphaël. Un troisième arrêt se fit à Triberg à l’occasion du jumelage entre Fréjus et la station thermale de la Forêt Noire le 2 et 3 septembre. Une dernière halte est organisée à Mondon, en Suisse, chez le groupe ami « La Soladanelle » qui n’avait pas hésité à faire une collecte pour « La Miougrano » après les évènements de Malpasset. Une représentation y est donnée le 3 septembre au soir.

Evolution du Groupe


Par la suite, La Miougrano ne fera que se développer. Par le nombre de ses membres, le nombre et la qualité de ses prestations.

Aujourd’hui, La Miougrano, au bout de 46 ans d’existence compte une quarantaine de danseurs, une dizaine de musiciens et une trentaine de chanteurs de 13 à 75 ans.



[1] Jeunesse Agricole Chrétienne. Mouvement proche d’une aumônerie fournissant activités aux jeunes gens. Non mixte il existe une JAC garçon et une JAC fille.

[2] Accueil des jeunes durant leurs loisirs et leur apporter dans un but de formation physique, moral et social des activités sportives et éducatives distrayantes.

[3] Groupe folklorique

[4] Association qui œuvre dans un but de sauvegarde de promotion de la langue, de la culture et de tout ce qui constitue l’identité des pays de langue d’Oc fondée par MISTRAL, AUBANEL, ROUMANILLE entre autres…

[5] Au soleil qui me murît, mon cœur s’ouvre

[6] Le nom du groupe folklorique qui a donné son nom à la fête


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